Journées du patrimoine

A l'occasion des journées du patrimoine qui avaient pour thème cette année le patrimoine vivant, Stéphane GRIFFITHS a fait une présentation de l’hymnologie protestante dans l’histoire et dans sa pratique actuelle

Panorama de l’hymnologie protestante Francophone

JS Bach

Une œuvre de Bach à l’orgue (JMB)

 

Au début, il y a la Réforme (1517) et J.S. Bach (1685-1750) qui a profondément marqué l’hymnologie protestante. Mais partons du début…

Paul aux Colossiens fonde l’hymnologie chrétienne : « …exhortez vous en toute sagesse par des psaumes et par des hymnes, chantez à Dieu dans vos cœurs les chants de l’Esprit sous l’inspiration de la grâce. »1. Et ce verset inspirera les réformateurs dans leur promotion du chant d’assemblée. Déjà Jean Hus à la fin du XIVème siècle, favorise le chant commun et initie un répertoire dans la langue du peuple. Il sera ensuite suivi par les frères bohèmes et moraves. L’œuvre d’Heinrich Isaac, qui meurt en 1517, exprime un équilibre entre musique populaire et musique savante, ce qui sera l’objectif de Martin Luther.

Luther et les chorals

Luther a appris la musique à Erfurt et il a une grande culture musicale. Il joue de la flute et du luth. Il lit et écrit la musique et il chante. Il est comme dans d’autres domaines assez conservateur et préfère les formes anciennes aux nouvelles tendances qui viennent d’Italie. A la maison, avec Catherine et ses enfants, il chante et joue fréquemment. Les chorals sont faits pour être chantés en chœur par les fidèles. Les paroles sont uniquement en langue vernaculaire. Ils se veulent simples afin d’être chanté et retenu par les fidèles. En 1524 est publié à Nuremberg le livret d’hymnes spirituels contenant 38 pièces en allemand dont 34 vraisemblablement de Luther. D’autres livrets paraîtront par la suite. Luther qui propose des mélodies polyphoniques s’opposera à Thomas Muntzer aussi dans le domaine musical, ce dernier considérant qu’il n’y a qu’un Dieu et qu’il ne doit être chanté qu’à une voix ! Zwingli, quant à lui bannira le chant du culte, le chant devant rester dans le cœur de l’homme.

Les psaumes de la Réforme

C’est à la cour catholique de France que commence l’histoire du psautier calvinien. En 1533, Marguerite d’Angoulême, sœur de François Ier et reine de Navarre, incite le poète Clément Marot à paraphraser les psaumes. Celui-ci s’enfuira en 1542 à Genève, persécuté par la Sorbonne. Sa mort en 1544 interrompra provisoirement la traduction poétique du psautier. Jean Calvin découvre à Strasbourg au tournant des années 1540 (1538-1541) le chant des psaumes « à la luthérienne ». Martin Bucer préconisait en effet depuis 1525 le chant d’assemblée à l’unisson comme seule musique du service divin, en encourageant l’assemblée des fidèles à participer activement au culte en chantant des mélodies modales sans accompagnement instrumental2. Plus tard, Calvin va demander à Théodore de Bèze de poursuivre le travail de Clément Marot. Dans les années 1560 est publié le premier psautier complet, à 30 000 exemplaires !

Dans les mêmes années, Claude Goudimel, proche de Pierre de Ronsard, mettra en musique à quatre voix ces psaumes, destiné plutôt au chant de maison. Goudimel meurt à Lyon pendant le massacre de la Saint Barthelemy, ce qui mettra un terme sanglant au développement de la musique réformée.

La production de cantiques reprendra au 17e et 18e siècles avec l’adaptation en français de chants piétistes, moraves, méthodistes.

Psaume 42 et psaume 130 chantés

Les chants du réveil au XIXème

Avec le rétablissement du culte en France fin XVIII, l’hymnologie protestante va être refondue. Le réveil au XIX va susciter un nouveau répertoire de cantiques.

« Sous l’influence de missionnaires anglais venus en France après la défaite de Napoléon, un « réveil » va se faire sentir dans le protestantisme français, avec une piété plus romantique. Les paroles ne sont pas forcément littéralement bibliques mais sont des poèmes ayant également un rôle catéchétique. Une importante production va voir le jour, le Psaume est en recul alors devant ces cantiques « du réveil ». Les auteurs sont nombreux et divers : Ruben Saillens, les Frères Wesley, César Malan, les moraves, les poèmes d’Alexandre Vinet, les cantiques populaires de la Mission McAll et de l’Armée du Salut…

Sous l’influence du pasteur Eugène Besier, des réponds vont être intégrés au culte réformé, sous la forme de chants dits « spontanés » car étant les mêmes dimanches après dimanche, ils n’ont pas besoin d’être annoncés3.

Les mélodies sont simples et sont proches des chansons populaire du moment. Le recueil « Louanges et prières » commandé par la FPF dans les années 1930 fait une large place à ces chants du réveil.

J’ai soif de ta présence,Augustin Glardon, Robert Lowry, années 1870

Torrents d’amour et de grace, Ruben Saillens pour le texte, Thomas J Williams, musique Alleluia 43-09

Aujourd’hui

Que chante-t-on aujourd’hui dans les temples ? Les protestants « historiques » restent très attachés à leur tradition et chantent prioritairement les chorals, les psaumes et les chants du réveil. Le recueil Alleluia publié en 2005 et beaucoup utilisé dans les Eglises luthéro réformées les reprend. Mais il existe une production de cantiques nouveaux. Nous voulons mettre en évidence trois courants, qui ne sont pas tous aussi importants :

La musique savante

Déjà depuis l’époque romantique, la grande musique sacrée n’est plus écrite pour les offices et les cultes mais pour les salles de concert, musique qui est sacralisée à son tour, car c’est désormais au concert que les grandes messes se jouent devant un public bourgeois4. Face à la modernité (sécularisation, industrialisation) avec, pour revers, la nostalgie du passé, les pratiques liturgiques musicales s’inspirent plutôt de la musique du passé et boudent les évolutions stylistiques du temps présent. Georges Migot ou Marie Louise Giraud ont composés de très beaux cantiques mais ils sont peu chantés dans nos assemblées. Les harmonies dissonantes et les rythmes compliqués des musiques savantes modernes et contemporaines ne correspondent pas au besoin d’apaisement et de ressourcement qu’appellent les célébrations dominicales5.

En 2017, nous avions donné à Poitiers la cantate du Jubilé de la réformation de Samuel Sandmeier, spécialement écrite pour le 500ème anniversaire de la Réforme. Béatrice Very, auteur du livret avec Pascal Hubscher et Martin Luther, écrit dans l’introduction « La cantate est accessible à tous et trouvera sa place dans les concerts de nos chorales mais aussi au cours d’un culte ». Nous vous laissons en juger et au choix des liturges, telle ou telle partie pour accompagner le culte dominicale.

L’œcuménisme et l’intégration de cantiques « catholiques »

La multiplication des célébrations œcuméniques depuis l’instauration de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens en 1908 ont fait que catholiques et protestants ont souhaité chanter ensemble. Ils ont partagé leurs répertoires et découvert chez l’autre des trésors musicaux. Les catholiques apprécient « A toi la gloire » et les protestants connaissent tous aujourd’hui Aube nouvelle de Jo Akepsimas et Tu es là au cœur de nos vies de Raymond Fau6 et ces chants « catho » occupent une bonne place dans les recueils protestants.

Les communautés comme Thaizé et le chemin neuf ont été aussi largement contributeurs de musiques liturgiques dans le monde protestant.

Trouver dans ma vie ta présence (JC GIANADDA)

Laisserons nous à notre table ? (Akepsimas, Scouarnec)

Le courants d’origine américaine et le pop-rock chrétien

Dans les années 60, aux Etats Unis, un réveil qui touche les jeunes de la contre culture hippie appelle un renouvellement de la musique des cultes en intégrant le rock and roll et la musique pop de ces années là. Des artistes majeurs comme Johny Cash ou Bob Dylan ont contribué à ce mélange de Pop-rock et de message évangélique. Les textes sont des adorations et aussi des témoignages à visée évangélisatrice7.

Cette tendance de la musique d’église débarque dans le monde francophone dans les années 70. Le mouvement « Jeunesse en mission » a sans doute été le fer de lance de cette évolution avec l’édition de « J’aime l’éternel », recueil de chants repris largement par les groupes de jeunes. Les chorales « Gospel » se sont multipliées et le R’nB, le rap et le métal n’ont pas épargnés nos cultes dans le souci qu’un public jeune y trouve son compte. Ce mouvement touche plus les églises évangéliques que les églises protestantes historiques mais dans l’Eglise Protestante Unie le site cantiques.fr. ( à l’initiative des Pasteurs Eric Galia et Joel Dahan) fait une large place à ces styles de chansons. Une belle expérience : Epiclèse, à la paroisse du Marais à Paris).

Conclusion : Aujourd’hui dans nos cultes

Des groupes font aujourd’hui un tabac auprès des jeunes. Il faut citer en particulier « Glorious » et d’autres. Jean Luc Gadreau fait remarquer qu’aujourd’hui, ces chants sont d’abord des chants de louange et que l’aspect témoignage a été oublié, marquant « une mutation de l’évangélisation à la louange ». Toutefois, les Eglises évangéliques où on chante ces chants rythmés et moderne sont pleines de jeunes et de moins jeunes et cette musique se renouvelle dimanche après dimanche.

La paroisse du Saint Esprit a pris l’initiative de lancer un concours de cantique en proposant des textes qui sont des paraphrases de textes bibliques (Hymne à l’amour Corinthiens 13, Prologue de Jean). Mais le jury était principalement composé d’organistes…Joel Dahan a quand même obtenu le prix du public.

Il y a ceux qui sont farouchement pour (le rock permet de toucher les nouvelles générations et de vivre des célébrations plus gaies, plus dynamiques) et d’autres, qui ne conçoivent pas une messe ou un culte sans orgue et pour les quels le rock’n roll est assimilé à ces jeunes qui ne respectent rien, à des thèmes tels que la sexualité, la rébellion, la consommation de drogue et d’alcool, etc. voire au diable. Le débat est ouvert. Nous devons faire en sorte que tout le monde y trouve son compte, jeunes et moins jeunes. C’est ce que nous appelons dans notre Eglise l’économie mixte. La musique peut nous réunir.

Ne crains rien

Je crois et j’espère (J. Dahan)

Stéphane GRIFFITHS

Bibliographie

Luther, Yves Krumenacker, Ellipses, 2017

La réforme en musique, Ariane Massot et Rodolphe Kowal, n° spécial du Protestant de l’Ouest, septembre 2017

Introduction à l’hymnologie, James Lyon, Olivethan, 2008

Le psautier français, introduction, Réveil publications, 1995

Protestantisme et musique aujourd’hui Foi et vie, Février 2017, dont l’excellent article de JL Gadreau, Chanter pour parler à et parler de… Dieu

http://bibliotheque.ruedeleglise.net/wiki/Musiques_protestantes_aujourd%27hui

Statistiques du recueil Alleluia :

1 Colossiens 3, 16

2 (Lyon p 53).

3 Site de l’Oratoire du Louvres

4 foi et vie, Beat Föllmi

5 Pourquoi le cantique de Jean Racine de Gabriel Fauré n’est pas chanté dans nos assemblés alors qu’il est connu de toutes les chorales de France et de Navarre ?

6 « Dans le monde protestant, certains les appellent un peu férocement les « akepsimiades » : tout n’est pas à rejeter mais certaines productions dépassent la désopilante caricature « Jésus revient » de P.Bouchitey dans « La vie est un long fleuve tranquille »(note 10, ruedeleglise).

7 Saved de Bob Dylan, Alleluia de Léonard Cohen, Why me Lord de Kris kristofferson

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